14 06 14/06 2013

Les raisons de la colère.

L’édito de Didier CHENET, Président

La protection de l’appellation Restaurant n’est manifestement pas du « goût » des industriels de l’agroalimentaire. Immédiatement après le dépôt sur le bureau de l’assemblée nationale du projet de loi « protection de l’appellation restaurant » soutenu par le SYNHORCAT, l’industrie de l’agroalimentaire s’est empressée de le torpiller.

Le pire est que dans cette campagne, ils ont été entendus par certaines organisations professionnelles de notre secteur. Leur présence à une conférence de presse des industriels de l’agroalimentaire ne peut que légitimement nous étonner et nous amener à nous poser des questions !

L’argument avancé pour s’opposer au projet ! : la protection de l’appellation restaurant entrainerait le décrochage de milliers d’enseignes. Au final il ne resterait que 10 000 restaurants en France sur les 150 000 existants aujourd’hui. Les 140 000 autres établissements entreraient dans une crise sans précédent, les fermetures se multiplieraient et les licenciements avec... la bonne vieille « recette » de la menace à l’emploi...

Alors ?

Le SYNHORCAT se serait-il trompé en voulant ainsi valoriser le travail de professionnels qui n’en n’auraient que le nom ?

Regardons de près les chiffres de l’INSEE :

Selon l’INSEE, il existe en France un peu moins de 100 000 restaurants et non 150 000 (ou même 200 000 chiffre également avancé par certains) comme on l’affirme chez les détracteurs de notre projet. Au côté de ces restaurants on trouve en effet 50 000 établissements de restauration rapide (type hamburgers, sandwicheries, kebabs...), 2 000 cafétérias et 50 000 débits de boisson (cafés, bars...).

Ensuite, une enquête de l’institut I+C* indique que sur ces 100 000 restaurants seulement 31% utilisent des produits industriels, soit 31 000 établissements... Autrement dit, en cas d’application immédiate de la protection de l’appellation restaurant, il resterait en France 69 000 vrais restaurants...

Mieux, cette enquête précise que sur ces 31 000 établissements qui utilisent des produits industriels, 67% déclarent être prêts à abandonner ces produits industriels en cas de protection de l’appellation restaurant. Le calcul est rapide : près de 21 000 deviendraient à très court terme de vrais restaurants en reprenant le travail de cuisine.

Au final, la France compterait 90 000 restaurants, de vrais restaurants où la cuisine est faite sur place à base de produits bruts... et non 10 000 comme certains l’affirment afin de faire peur.

Enfin et pour conclure cette démonstration, cette même enquête ajoute que 15% de ces vrais restaurants déclarent vouloir embaucher en moyenne 1,8 salariés afin de faire face à un surcroit d’activité en cuisine du fait de l’obligation de travailler des produits bruts. 27 000 emplois créés à la clef...et non des destructions d’emplois comme certains le menacent.

Maintenant, vous comprendrez la colère qui est la mienne, et que peut-être vous partagez.

La colère de voir un beau projet mis en lambeaux par des industriels qui veulent mettre la main sur nos établissements, des industriels qui chaque jour expliquent à qui veut l’entendre ô combien le restaurateur peut faire des économies en recourant aux plats industriels et en se passant de cuisiniers bien trop chers !

La colère de voir ces industriels semer la zizanie dans notre secteur, car à bien lire le communiqué des organisations professionnelles de notre secteur opposées à notre proposition, qu’est ce qui nous sépare vraiment ?

La colère de voir s’échapper une chance inouïe de valoriser nos métiers, notre travail et de créer des emplois !

La colère de ne laisser entrevoir à nos jeunes que des "boulots " de réchauffeur et de porteur d’assiettes !

La colère de ne pas pouvoir grâce à cette appellation restaurant restaurer la confiance perdue de nos clients qui soutiennent tous notre projet !

Alors, je le dis aux industriels : occupez-vous de ceux qui sont vos vrais clients ! : Les particuliers !

Ne cherchez pas à redorer votre image en ternissant celle de notre profession !

Nos professionnels sauront prendre en main leur avenir. Si ce projet ne voit pas le jour aujourd’hui, il reviendra demain pour mieux s’imposer encore. La restauration mérite une définition, la restauration mérite une appellation protégée. Nos professionnels le veulent, ils sauront l’obtenir.

*I+C travaille avec une quarantaine d’organisations professionnelles et le ministère de l’équipement.